Thibault Josse est chargé de mission au sein de l’association Pleine Mer, qui œuvre pour la transition écologique de la filière pêche.
Reporterre — Actions devant les préfectures, mobilisation à Rennes, marche blanche au Croisic, opérations « port mort » à Lorient et à La Turballe… Des centaines de pêcheurs français manifestent, depuis fin mars, pour exprimer leur colère. Sur quoi porte-t-elle ?
Thibault Josse — La colère des pêcheurs date d’il y a plus d’un an. La première raison, c’est qu’il y a en ce moment un plan de casse de 90 bateaux, à la suite du Brexit. Après leur départ de l’Europe, les Anglais ont refusé de donner des licences de pêche à un grand nombre de pêcheurs français.
Ils ne peuvent aujourd’hui plus pêcher où ils veulent, alors qu’on leur a dit pendant des années de ne pas s’inquiéter, que les négociations du Brexit allaient bien se passer. Mais les Anglais ont finalement fermé leurs zones de pêche, et les pêcheurs se sont retrouvés le bec dans l’eau.
Les revendications des pêcheurs portent également sur des avancées écologiques…
Oui, malheureusement. La Commission européenne a proposé, assez récemment, d’interdire les arts traînants [comme le chalutage de fond] dans les aires marines protégées. Sur le papier, c’est très bien. Mais le problème, c’est qu’en France, on a mis les aires marines protégées un peu n’importe comment.
On a voulu faire du chiffre, en disant aux pêcheurs, ne vous inquiétez pas, il ne se passera rien, il n’y aura pas de réglementation contraignante. Et aujourd’hui, on leur dit que finalement, ils ne pourront plus y pêcher. Pour certaines techniques — comme la drague à coquilles Saint-Jacques — une proposition comme celle-ci menace, en l’état actuel des choses, des équilibres socio-économiques importants.
Après, il y a les dauphins. Dans le golfe de Gascogne, beaucoup de dauphins meurent dans les filets des pêcheurs. Face à cela, le Conseil d’État a proposé de fermer des zones de pêche. Les pêcheurs, forcément, ne sont pas ravis.
Et puis, le prix du gasoil augmente. Cela a diminué la rentabilité de techniques de pêche énergivores, comme le chalut. On peut penser ce que l’on veut de cette technique. Mais derrière, il y a des gens qui se sont parfois retrouvés là parce qu’ils voulaient faire comme leur père, qui se sont mis au chalut parce que l’Europe l’a, à une époque, subventionné… Et ils se voient aujourd’hui menacés.
Vous pointez, dans une note récente sur la crise de la pêche, la responsabilité du gouvernement et des représentants de la filière. Ils n’ont, selon vous, pas suffisamment préparé sa nécessaire transition écologique. Que voulez-vous…
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Auteur: Hortense Chauvin Reporterre

