« La tuberculose bovine, une descente aux enfers pour les éleveurs »

Jocelyne Porcher est sociologue, zootechnicienne, directrice de recherche à l’Inrae en retraite, actuellement chargée de mission. Elle est aussi l’autrice de nombreux ouvrages et publications sur les relations de travail entre éleveurs et animaux.


La rationalité productive qui a présidé à l’industrialisation de l’agriculture depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a fait primer la recherche de productivité, et la mise en œuvre de moyens ad hoc, sur tous les liens que pouvaient avoir les paysans avec leur terre et leurs animaux. Les vaches ont perdu leur nom, leurs cornes et leurs prés ; les paillettes d’insémination ont depuis longtemps remplacé le rut du taureau.

Les profanes pourraient penser que tout cela est derrière nous, l’agroécologie ou le souci nouveau du « bien-être animal » donnant à imaginer que les rationalités affectives et morales du travail sont davantage prises en compte. Il n’en est rien. Témoin, la gestion actuelle de la tuberculose bovine par les services de l’État, de moins en moins tolérable par les éleveurs.

Nombreux paradoxes

Depuis 2001, la France a le statut « indemne de tuberculose bovine », qui permet les exportations. Des campagnes de prévention ont donc lieu chaque année pour tester la réactivité des animaux au bacille Mycobacterium bovis. « Si nous perdions ce “statut indemne” [au cas où plus de 0,1 % des cheptels français seraient infectés], expliquait le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, en mars 2024, ce serait une catastrophe pour l’ensemble de la filière, et donc ça nécessite de continuer à œuvrer dans la voie, même si c’est difficile, de l’éradication de cette maladie. »

Pour les éleveures, « tout bascule » après le premier test positif pour « une » vache. Car, en dépit du manque de fiabilité reconnu des tests, il leur est rapidement expliqué qu’un abattage total des animaux devra être fait pour…

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