Paris. Lundi, 22 janvier 2024. Entretien avec Jean-François Clément, anthropologue et historien des arts marocains. Il me communique la preuve que Jilali Gharbaoui a été, en réalité, inhumé au cimentière de Bâb Segma à Fès, et non au cimetière Bâb Ftouh où une stèle est érigée à son nom sur une tombe inconnue. Faux cimetière. Fausse tombe. Les médias s’engouffrent dans la fausse exclusivité. La moindre des précautions dans ce cas, avant de lancer un événement d’un tel impact culturel, historique, est de consulter les archives journalistiques de l’époque, les familles des rares témoins oculaires, en particulier celle du docteur Mustapha Benslimane, de recouper les informations, de les étayer par des documents irréfutables.
7 Octobre 2020. Les journaux annoncent avec tambour et trompette : « La tombe de Jilali Gharbaoui est enfin retrouvée au cimentière Bab Ftouh de Fès, cinquante ans après sa disparition ». Des recherches ont été diligemment entreprises. On se fie, faute de mieux, aux souvenirs obscurs d’un vieux fossoyeur. S’ensuivent une authentification officielle, une sépulture somptueuse, une cérémonie fastueuse, des articles dithyrambiques. « Jilali Gharbaoui, précurseur de l’abstraction lyrique, né en 1930 à Jorf El Melha dans la région de Sidi Kacem, mort le 8 avril 1971 sur un banc public du Champ-de-Mars à Paris. Sa dépouille, transférée au cimentière de Bab Ftouh à Fès, reste anonyme jusqu’en octobre 2020 ». « Les autorités marocaines viennent de déposer une stèle commémorative sur la tombe oubliée d’un peintre méconnu de son vivant ».Une figure des arts plastiques témoigne : « Il aura été un artiste errant jusque dans sa mort. Par ce geste symbolique fort, le Maroc ne réhabilite pas seulement Jilali Gharbaoui, mais l’art et les artistes marocains dans leur ensemble ». La nouvelle légende se brode dans l’erreur.
Le cimetière où est réellement…
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Auteur: dev

