Cette semaine dans lundisoir nous recevons Jérôme Baschet et Laurent Jeanpierre pour le pavé qu’ils ont coordonné et viennent de publier à La Découverte : Mondes postcapitalistes. Nous renvoyons à l’entretien pour une présentation complète de l’ouvrage et publions cet extrait qui rend compte de la manière dont le livre a été pensé et élaboré à partir d’une question souvent clivante parmi celles et ceux qui œuvrent à la fin du capitalisme : les poissons rouges et les steaks hachés sont-ils compatibles avec une vie non-capitaliste ?
En 2001, Claude Lévi-Strauss, alors âgé de 93 ans, publie un article étrange intitulé « La leçon de sagesse des vaches folles ». Dans cette ultime prise de parole, largement testamentaire, l’anthropologue fait de la question animale le cœur d’une réflexion qui cherche à penser l’avenir de l’humanité. Si la crise de la vache folle et la maladie de Kreutzfeldt-Jacob fournissent le prétexte de cet article, ses enjeux ne sont pas seulement sanitaires. Pour le vieux structuraliste, la nature des relations entre les hommes et les bêtes est amenée à changer de façon si profonde à l’avenir qu’elle constituera une rupture historique majeure : « Combien sommes-nous, bien avant ces événements, qui ne pouvions passer devant l’étal d’un boucher sans éprouver du malaise, le voyant par anticipation dans l’optique de futurs siècles ? Car un jour viendra où l’idée que, pour se nourrir, les hommes du passé élevaient et massacraient des êtres vivants et exposaient complaisamment leur chair en lambeaux dans des vitrines, inspirera sans doute la même répulsion qu’aux voyageurs du xvie ou du xviie siècle, les repas cannibales des sauvages . »
Partant de son…
Auteur: dev

