Vos Frustrations est une rubrique permettant aux lectrices et lecteurs de partager leurs « frustrations », colères, témoignages ou analyses. Dans cet article, Pitucho montre comment les espaces collectifs, même militants, reproduisent des rapports de domination qui invisibilisent les plus discrets et les plus dominés socialement. À partir de son malaise dans les interactions de groupe, il analyse la parole comme un lieu de performance, d’exclusion et de violence symbolique, étroitement lié aux classes sociales, au racisme intériorisé et aux hiérarchies héritées. Refusant les injonctions individualisantes à “prendre sur soi”, il appelle à transformer les cadres collectifs eux-mêmes afin que le partage, l’écoute et le silence cessent d’être des privilèges réservés aux dominants.
Trop souvent, les organisations collectives qui se revendiquent de l’émancipation, de l’écoute et du partage reproduisent les mécanismes de domination. Il n’est pas rare que des personnes monopolisent la parole, s’accaparent les tâches, cherchent à imposer leur écriture et leur idées, prennent la direction et l’initiative unilatéralement. Les personnes invisibilisées ont l’habitude de la subordination et de devoir s’effacer au profit des autres. Or c’est précisément à cause de ça qu’elles cherchent un espace où elles peuvent s’affirmer comme des êtres égaux et se sentir acceptées telles qu’elles sont et sans avoir à s’excuser d’être différentes. Faute de perspectives d’accomplissement à la fois personnel et collectif, elles n’osent pas forcément braver les devants, ou s’y sont épuisés, et peuvent abandonner le collectif. C’est peu dire à quel point on retrouve ces problèmes dans tous les contextes, y compris dans sa vie privée.
Pour ma part, je ne me sens pas vraiment à l’aise dans un groupe. Être en compagnie de plusieurs personnes ne rompt pas avec mon sentiment de solitude. Je viens…
Auteur: Pitucho

