La France possède la deuxième plus grande zone économique exclusive du monde, répartie sur tous les océans grâce à ses territoires d’outre-mer. En la matière, elle n’est devancée que par les États-Unis. Mais qu’est-ce exactement qu’une ZEE, et qu’apporte-t-elle à la diplomatie, à l’économie et à la stratégie de Paris ?
On décrit souvent la France comme une puissance continentale en reflux. Pourtant, sa zone économique exclusive (ZEE) – un espace maritime de près de 11 millions de kilomètres carrés – lui confère une géographie mondiale. Dans un XXIᵉ siècle dominé par la rivalité États‑Unis/Chine, les océans redeviennent le lieu où se jouent les rapports de force : routes commerciales, câbles sous‑marins, ressources halieutiques et minérales…
Que change réellement la ZEE à la puissance française, et à quelles conditions cet atout devient‑il autre chose qu’un chiffre impressionnant ? Notre approche est volontairement descriptive : elle vise à clarifier les mécanismes plutôt qu’à promettre une recette miracle. Nous privilégions le temps long et les dynamiques des grands acteurs, en particulier les États‑Unis et la Chine.
Un atout et une responsabilité
La mer n’est pas un décor. Elle est une infrastructure, un espace économique et un théâtre de puissance. Cette idée, classique depuis Alfred Thayer Mahan, revient au centre des débats au moment où l’Indo‑Pacifique devient la région clé de l’économie mondiale et de la compétition stratégique.
L’histoire mondiale est aussi une histoire de la mer : les puissances qui contrôlent les flux contrôlent une part du monde. Dans cette lecture, l’hégémonie américaine depuis 1945 s’explique en bonne partie par une supériorité navale et par un réseau d’alliances garantissant la liberté des routes. De même, la montée en puissance chinoise s’accompagne logiquement d’une ambition maritime : une puissance…
Auteur: Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)

