Michel Barnier a nommé le 21 septembre 2024 un gouvernement pléthorique de 39 ministres, qui marque la continuité d’un processus de rapprochement progressif entre la macronie et LR. L’historien Mathias Bernard nous raconte notamment les rôles joués par Gabriel Attal et Gérard Larcher. Entretien.
Vous avez analysé pour nous dans une précédente interview la liste des ministres pressentis. Nous connaissons maintenant la composition de ce nouveau gouvernement, qui est très étoffé, avec 39 ministres. Comment le définiriez-vous ?
Il est difficile de définir ce gouvernement. Ce n’est pas un gouvernement de coalition au sens où on peut l’entendre dans d’autres pays, notamment en Allemagne, où, quand on parle de coalition, il s’agit d’un rassemblement assez large de forces politiques. Ici, nous sommes sur une alliance ; ce gouvernement repose sur une alliance entre deux sensibilités politiques qui, dans l’histoire de la Ve République, ont souvent gouverné ensemble : le centre et la droite. Mais il y a quand même quelque chose d’un gouvernement de coalition dans le fait que ces deux forces politiques étaient, depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 et jusqu’à ces derniers mois, dans deux camps opposés. LR – et en particulier Bruno Retailleau, un des ministres qui vont être le plus en vue – a combattu fortement le macronisme. Il y a des oppositions idéologiques fortes entre le bloc macroniste et LR, sur l’évolution des mœurs, les questions sociétales, ou la question du rapport à la nation et à l’Europe.
Ainsi ce n’est pas un gouvernement classique qui associerait deux forces politiques relativement similaires – ce qui a été jusqu’alors le cas sous la présidence Macron –, mais un gouvernement qui suppose une forte dose de compromis. D’où d’ailleurs la longueur des tractations.
Et la survie de ce gouvernement dépend de l’abstention des députés RN, puisque la gauche va le…
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Auteur: Mathias Bernard, Historien, Université Clermont Auvergne (UCA)

