La récente normalisation entre l’Arabie saoudite et l’Iran, succès de la diplomatie chinoise, est une nouvelle illustration de la transformation des rapports de force internationaux que révèle et accélère la guerre en Ukraine. Si les négociations entre Riyad et Téhéran avaient démarré avant le déclenchement de ce conflit, le contexte de la guerre a augmenté la marge de manœuvre stratégique de l’Arabie saoudite (mais aussi des Émirats arabes unis), dont le refus de souscrire aux demandes américaines s’agissant des mesures coercitives à l’égard de Moscou constitue une manifestation criante. Cette nouvelle donne, qui confirme la fin de l’adhésion des partenaires traditionnels des États-Unis à l’agenda global de ceux-ci, a une incidence sur le débat stratégique en cours aux Washington sur la guerre en Ukraine.
Ce débat est marqué par deux points de vue opposés. Le discours dominant au sein de l’administration Biden prône un appui maximal à Kiev jusqu’à la défaite indiscutable de la Russie, considérant que l’issue de la guerre aura un impact décisif sur la reconfiguration des rapports de force internationaux. L’autre point de vue, moins fréquent mais défendu par une partie des militaires américains, souligne qu’une issue militaire à la crise semble difficile et que seules des négociations qui aboutiront à un compromis permettront de mettre fin au conflit. Ce camp estime que l’intérêt des États-Unis est de ne pas s’enliser dans un soutien constant à Kiev dans le cadre d’une guerre longue qui exigerait toujours plus de moyens et détournerait Washington de son principal objectif stratégique, à savoir la confrontation avec la Chine.
La ligne dure de l’administration Biden
Les déclarations incendiaires vis-à-vis de Moscou se sont multipliées au cours des dernières semaines. Exemple parmi d’autres : le 18 février dernier, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité la vice-présidente Kamala Harris a accusé la Russie d’être responsable non plus seulement de « crimes de guerre » mais aussi de « crimes contre l’humanité », déclarant que « les auteurs et leurs supérieurs seront tenus de rendre des comptes ». Des propos soutenus par le secrétaire d’État Anthony Blinken.
Cette accusation portée par les plus hautes instances américaines traduit la détermination du courant politique dominant à poursuivre la guerre, reprenant la position de…
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Auteur: Lina Kennouche, Docteur en géopolitique, Université de Lorraine

