L’Affaire Nevenka **
d’Iciar Bollain
Film espagnol, 1 h 52
Inspirée de faits réels, cette affaire est bien antérieure à l’ère #MeToo et avait fait grand bruit à l’époque en Espagne. À la fin des années 1990, une conseillère municipale de Ponferrada, dans la province de Leon, avait accusé le maire, Ismael Alvarez, étoile montante du Parti populaire, de harcèlement sexuel et moral. Et malgré l’hostilité de l’opinion à son égard, elle avait obtenu gain de cause et réussi à le faire condamner. À l’époque, les notions d’emprise et de consentement n’avaient pas cours, et la jeune femme avait tout de l’affabulatrice. Jeune, ambitieuse, elle avait été élue sur la liste du maire, un ami de ses parents, et fut même brièvement sa maîtresse, avant de mettre fin à leur liaison et de vivre l’enfer.
C’est cette histoire emblématique de ce que l’on désigne aujourd’hui comme des violences sexuelles dont s’est emparée Iciar Bollain pour la transposer à l’écran. Et décortiquer les mécanismes à l’œuvre dans ce genre d’affaire, comme l’extrême solitude des victimes. Ismael a tout du mentor, paternaliste et bienveillant, lorsque Nevenka entre dans son équipe. Et malgré les mises en garde de son entourage sur sa réputation de séducteur, les attentions dont il l’entoure lui paraissent tout d’abord innocentes. Jusqu’à ce qu’il la contraigne à une relation dont elle ne veut pas. Son refus l’entraînera dans une spirale de harcèlements et d’humiliations qui finiront par la rendre malade et la pousser à fuir.
Un processus insidieux
L’intelligence du film est de montrer à l’image ce qui n’est généralement pas visible. La façon insidieuse dont cet homme, prédateur et manipulateur, tisse sa toile autour de Nevenka et lui impose peu à peu son ascendant. L’acteur Urko Olazabal est glaçant dans ce rôle. Tantôt séduisant et charismatique, tantôt glacial et extrêmement…
Auteur: Céline Rouden

