En 1960, à l’époque des indépendances, l’agronome René Dumont publiait un essai fracassant « L’Afrique noire est mal partie » dans lequel il fustigeait de manière caricaturale le comportement des nouvelles élites africaines, en lesquelles il ne voyait que les continuatrices des pouvoirs coloniaux.
En 1982, dans « L’Odeur du Père » (1982), le philosophe américano-congolais V.Y. Mudimbe énonçait cette phrase prophétique :
« Pour l’Afrique, échapper à l’Occident suppose d’apprécier exactement ce qu’il en coûte de se détacher de lui ; cela suppose de savoir jusqu’où l’Occident, insidieusement peut-être s’est rapproché de nous ; cela suppose de savoir, dans ce qui nous permet de penser contre l’Occident, ce qui est encore occidental ; et de mesurer en quoi notre recours contre lui est encore peut-être une ruse qu’il nous oppose et au terme de laquelle il nous attend, immobile et ailleurs. »
Il faut malheureusement constater que quarante plus tard, cette assertion reste éminemment véridique. Les intellectuels africains, dans leur grande majorité, loin d’avoir rompu les amarres avec l’imaginaire des anciennes puissances coloniales, continuent de nicher leurs réflexions dans les schèmes de pensée occidentaux et ne font que recycler des idées coloniales usagées, qu’il s’agisse de la mise en avant du soufisme ou de l’animisme
A cet égard, on pourrait penser qu’il y a lieu de distinguer l’Afrique musulmane de l’Afrique chrétienne et penser que, s’agissant de la première, les intellectuels qui se définissent par rapport à l’islam ont élaboré des formes de pensée que l’on pourrait d’autant plus qualifier de « contre-hégémoniques » qu’elles semblent aller à l’encontre de l’hostilité envers l’islam qui prévaut de plus en plus en Occident. Or, il n’en est rien. Les intellectuels africains qui se définissent comme musulmans ou qui tentent de penser…
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Auteur: dev

