Alors que nous nous apprêtions à publier l’édition de cette semaine, Ghassan Salhab nous a transmis ces quelques pages, écrites d’une traite, depuis les rues de Beyrouth, inhabituellement calmes.
Aujourd’hui, comme tous les jours,
Nous sommes détruits, détruits.
Jusqu’au jour de la Résurrection,
nous n’échapperons pas aux flots.
Une nuit, le clair de lune est venu égorger le sommeil
Le clair de Lune ne craint pas de verser le sang.Djalâl ad-Dîn Rûmî
Inlassablement le ciel, la mer, quelques inévitables immeubles se dressant entre nous, quasiment à la pointe de ce qu’on appelle la tête de Beyrouth, Ras-Beyrouth. Des bouffées de fumée de mazout s’échappent des conduits de cheminée sans plus aucun filtre. Suie au quotidien. Les groupes électrogènes fonctionnent pleinement depuis l’officialisation de la crise en octobre 2019, « compensant » la portion plus que congrue de l’Office de l’Électricité du Liban. Mais autant ne pas s’attarder sur le supposé service public. Nos poumons vainement témoins. Les drones de l’ennemi sont étrangement absents ce matin. Simple répit ou sont-ils en surchauffe ? À moins qu’ils ne soient pas en quantité suffisante pour remplir en permanence le ciel de Gaza, de la Cisjordanie et d’ici ? Un même ciel ? Un seul son vous manque et tout est… L’horizon persiste, ligne de partage parfaite, un bleu ciel et un bleu profond. Un leurre de plus probablement. Cela ne se peut. Le monde ne peut pas continuer comme si de rien n’était. Il ne peut plus continuer de tourner encore. Ces vingt-quatre heures, ces environ vingt-trois heures, cinquante-six minutes et quatre secondes, pour être plus inutilement précis. Cette rotation sur soi-même. Nous-même. Autant refermer les yeux, les garder le plus longtemps possible ainsi. Le chant d’un oiseau perce, le même chant plus d’une fois répété. Un autre chant, plus aigu, se fait entendre à son tour. En réponse ? Malgré tout, pourrais-je me dire. Je sais bien…
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Auteur: dev

