Lorsque Donald Trump et Benjamin Netanyahu déclenchent la guerre contre l’Iran le 28 février dernier, tous les observateurs s’attendent à ce que le régime iranien soit rapidement écrasé et poussé à la reddition, au moins sur le plan militaire. Quelques dizaines de milliers de bombes, drones et missiles plus tard, force est de constater que malgré sa supériorité matérielle et technologique, la plus grande puissance mondiale est pour l’instant tenue en échec. Jean Claude Noël tente ici de comprendre les raisons fondamentales qui amènent les États-Unis à enchaîner les débâcles militaires depuis soixante-dix ans et cela sans jamais en tirer le moindre enseignement quant à ses présupposés stratégiques. Comme le titre l’indique, des méditions sur la puissance, l’échec et les illusions impériales. [1]
Il est une question qui hante les marges de toute réflexion géopolitique sérieuse, une question que la bien-pensance atlantiste préfère généralement éluder derrière des statistiques de budgets et des panoplies de porte-avions : comment la première puissance militaire de l’histoire contemporaine peut-elle accumuler, depuis plus de soixante-dix ans, une série de déboires stratégiques d’une régularité presque métronomique, tout en continuant à se présenter au monde comme le gardien indispensable d’un ordre international dont elle est, précisément, le principal fauteur de désordre ? La question ne relève pas du pamphlet anti-américain – exercice aussi commode que stérile – mais d’un diagnostic qui touche à la structure même de la puissance impériale dans sa configuration contemporaine, à ses contradictions internes, et à la grammaire narrative dont elle se nourrit pour survivre à ses propres échecs.
Le bilan militaire américain depuis 1945 mérite qu’on s’y arrête sans les accommodements habituels. Mise à part la participation déterminante aux deux guerres mondiales – où les États-Unis arrivèrent…
Auteur: dev

