Comment expliquer ce traitement différencié alors même que les propos d’Élodie s’en prenaient frontalement au dalaï-lama pour avoir fermé les yeux pendant des années sur une série de comportements déviants commis par des lamas bien en cour et que le documentaire de Jean-Michel n’est autre qu’une présentation historique de la question tibétaine replacée dans son contexte géopolitique ?
Tout se passe comme si on pouvait dénoncer les comportements libidineux commis sous les robes safran de bonzes abuseurs, mais pas les liens entre les mouvements « Free Tibet » et la CIA. Le jugement moral : oui ; l’analyse politique : non…
Élodie Emry n’était, en effet, pas la première à enquêter sur les abus sexuels de lamas. Son film Bouddhisme, la loi du silence, réalisé avec Wandrille Lanos et projeté sur Arte en 2022, avait été précédé par la parution chez Max Milo, en 2016, de l’enquête de Marion Dapsance Les Dévots du bouddhisme.
Ce livre-témoignage accablant pour le célèbre lama Sogyal Rinpoché et ses semblables aurait dû faire l’effet d’une bombe. Il n’en a rien été. Tout au plus quelques articles dans les journaux et la réaction gênée de Matthieu Ricard (1) ainsi que le courroux de deux bouddhologues universitaires, Philippe Cornu (2) et Éric Rommeluère (3) supportant mal que l’on s’en prenne à leurs idoles.
Comment expliquer une telle apathie dans l’opinion publique ? Nos contemporains ne seraient-ils pas à ce point toujours fascinés par le mythe de la « Terre pure tibétaine » qu’ils se refusent inconsciemment à reconnaître les crimes des lamas ? À moins que ce ne soient les dénonciations en chaîne des viols commis par des religieux catholiques qui aient fait passer au second plan les viols commis par des religieux bouddhistes ?
Toujours est-il qu’Arte, pourtant jamais avare de révérence pour Dharamsala et d’animosité pour Pékin (4), a diffusé, le 13 septembre 2022, le…
Auteur: André LACROIX

