En langage familier, on parle de trou dans la raquette. Plus l’affaire des laits infantiles contaminés se développe, plus elle révèle de failles dans le contrôle de leur qualité sanitaire par les fabricants, et dans une moindre mesure par les autorités. Des failles que ces dernières s’efforcent de colmater en urgence.
Les rappels en cascade portent sur des poudres pouvant renfermer la toxine céréulide, susceptible de provoquer de graves épisodes de diarrhées chez les nourrissons — deux cas de décès font l’objet d’enquêtes judiciaires. La toxine est produite par certaines bactéries de type bacillus cereus, connues des spécialistes pour être responsables de nombreuses toxi-infections alimentaires.
Or, les analyses des industriels portaient sur la bactérie mais pas sur la toxine en elle-même. Il faut dire que la réglementation fixe un seuil pour la première, mais pas pour la seconde. Cette surveillance indirecte s’est révélée insuffisante. La toxine céréulide est plus résistante à un traitement thermique que la bactérie en elle-même. « L’absence de bactéries viables dans le produit fini ne garantit pas l’absence de toxines », explique désormais le laboratoire spécialisé Mérieux NutriSciences, dans un article en ligne.
Un premier seuil fixé mi-janvier
Alors que l’affaire touche des dizaines de pays, l’autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, a été saisie en urgence. Lundi 2 février, elle a publié une recommandation de sécurité sur la toxine, correspondant à 0,014 microgramme de céréulide par kilo de poids corporel du nourrisson. Les autorités françaises avaient anticipé son application de quelques jours, après avoir fixé un premier seuil mi-janvier.
La lacune réglementaire n’exonère pas les fabricants de laits infantiles : « Ce n’est pas parce qu’une substance ne fait pas l’objet d’une norme spécifique qu’elle est acceptable ou autorisée….
Auteur: Benjamin Douriez

