« L’alimentation est le lieu où se cristallisent de nouvelles tensions géopolitiques et identitaires »

Les banquets du Canon français sont-ils la manifestation d’un nouveau type de gastronationalisme ? Réponse de Julia Csergo, spécialiste de l’histoire de l’alimentation, professeure associée à l’université du Québec à Montréal et responsable scientifique du dossier d’inscription du repas gastronomique des Français à l’Unesco.

Historiquement, quelle place occupe le banquet en France ?

Julia Csergo : Le banquet est une très vieille tradition, qu’on retrouve depuis l’Antiquité, avec des usages et des significations différents. Par exemple, le banquet médiéval est une représentation de soi pour les élites : il permet d’étaler sa richesse, de manifester son pouvoir et son prestige. D’autres formes de banquets, qu’on appellera plutôt agapes ou ripailles, sont organisés dans les campagnes et les villages à l’occasion de fêtes, notamment des saints patrons. Là, c’est le lien social qui est en jeu, le faire-communauté autour de la fête et du manger-boire ensemble.


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Avec la Révolution, les banquets républicains reprennent la tradition princière mais en l’ouvrant — théoriquement — à tous les citoyens. Ce sont des lieux de discussion politique, de contestation, de mise en scène de l’opinion contre la monarchie. Au début du XIXe siècle, avec l’alternance des monarchies et des républiques, chaque régime organise des banquets pour signifier qu’il a repris le pouvoir et les révolutionnaires aussi en organisent. Puis, avec l’exode des populations rurales vers Paris pour travailler, les Auvergnats, les Lyonnais et d’autres créent des associations pour manger ensemble les plats de leur région d’origine.

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Auteur: Nora Bouazzouni

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