Et si nous souffrions collectivement d’un excès de vitesse ? Soixante chercheurs du monde entier, spécialistes des transports, signent un ouvrage collectif en forme de cri d’alarme. « Une rupture radicale » est nécessaire, selon eux, dans notre approche des mobilités. Parce que la « décarbonation » de nos déplacements progresse à un rythme beaucoup trop lent et que le tout-électrique serait, selon eux, une fausse solution.
Comment s’y prendre ? En prenant le parfait contre-pied de la tendance à l’accélération de notre vie, observée depuis des décennies. Comme nos moyens de transport ont été de plus en plus rapides, nous parcourons aujourd’hui une distance quatre fois plus importante qu’en 1960. Ce régime « d’hypermobilité » est non seulement problématique pour la planète, mais il est aussi une source de souffrance pour les individus, soulignent les auteurs de Déviation, pour un tournant radical des mobilités face aux limites planétaires. Vincent Kaufmann, sociologue et directeur scientifique du Forum vies mobiles, est l’un des deux coordinateurs.
Reporterre — Pourquoi avez-vous souhaité lancer un cri d’alarme à travers cet ouvrage collectif ?
Vincent Kaufmann — L’été caniculaire catastrophique que nous venons de traverser et la montée des prix du pétrole, qui affecte de très nombreuses personnes, nous l’ont encore montré avec force : nous devons conduire un travail de fond pour sortir des énergies fossiles. Les transports représentent un tiers des émissions de gaz à effet de serre dans les pays occidentaux et nos infrastructures de transport accélèrent l’érosion de la biodiversité. Il est donc important de traiter ces questions sérieusement.
Pourquoi formulez-vous une vive critique envers le Giec, le groupe d’experts diligenté par l’Organisation des Nations unies sur l’évolution du climat ?
Le dernier rapport du Giec a fait apparaître un décrochage…
Auteur: Erwan Manac’h
