« L’amitié est une question profondément politique ». Entretien avec Clémence Guetté

Elle revient notamment dans cet entretien aux Amfis 2026 avec Ariane Vaquette, collaboratrice parlementaire, sur la genèse de sa réflexion, nourrie notamment par un colloque organisé à l’Assemblée nationale et par un questionnaire auquel plus de 7 000 personnes ont répondu en 24h, et articulée à des travaux sociologiques et féministes. 

Pourquoi avoir consacré un livre à l’amitié ? On pourrait considérer qu’il s’agit d’une question intime, assez éloignée de la politique.

Je suis au contraire persuadée que l’amitié est un sujet profondément politique, puisqu’elle touche à la manière dont nous organisons nos existences. Ma réflexion s’inscrit dans le prolongement de la pensée féministe qui, depuis les années 1960 et 1970, affirme que le privé est politique.

Le questionnaire que nous avons diffusé a beaucoup compté dans cette réflexion. Nous avons reçu plus de 7 000 réponses en vingt-quatre heures. Nous demandions des éléments sociologiques — l’âge, le lieu de vie, le milieu social — mais nous avions aussi laissé des espaces d’écriture libre. Les personnes nous ont raconté des histoires de deuil, d’accompagnement, de solidarité, mais aussi énormément d’empêchements : des moments où elles n’avaient pas pu organiser leur existence comme elles le souhaitaient avec leurs amis ou avec les personnes dont elles se sentaient proches. C’est à partir de là que la question politique s’impose. Dès lors qu’il existe des freins matériels, sociaux ou juridiques qui empêchent les gens de construire leur cercle affectif comme ils l’entendent et de s’appuyer sur lui pour organiser des solidarités concrètes, le rôle de la politique est aussi de lever ces freins.

Il faut d’ailleurs reconnaître que la loi arrive souvent après les pratiques sociales. Beaucoup de personnes ont déjà inventé des manières de vivre autrement, notamment dans les communautés LGBT, parfois…

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Auteur: ugopalheta