L'amour four (1969), de Jacques Rivette

Vendredi, lors de la remise des Césars, Judith Godrèche a cité un bout de dialogue extrait de Céline et Julie vont en bateau, un film de Jacques Rivette :
« — Céline : il était une fois.
— Julie : il était deux fois. Il était trois fois.
— Céline : il était que, cette fois, ça ne se passera pas comme ça. Pas comme les autres fois. »
Dans le texte qui suit, Mathilde Girard revient sur un autre film de Rivette, L’amour fou, tentative cinématographique de mettre en pièce une image de l’amour qui n’a jamais été autre chose que son reflets pâle et cynique.

C’est un film pas facile à trouver, mais dont j’aimerais dire quelques mots, parce que j’y repense dans ce moment où le cinéma, ses rôles et ses personnages, contribue aux révoltes que la vie peut opposer à la domination silencieuse de l’ordre des choses.

Je me souviens d’une projection de L’Amour fou, de Jacques Rivette.

Je raconte la scène. Nous sommes à la Cinémathèque, le 14 septembre 2019. Dans la salle, pour la projection : Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, et Véronique Rivette, la dernière femme du réalisateur. Le Directeur de la cinémathèque donne la parole à chacun.e. De quoi vous souvenez-vous ? Bulle Ogier se souvient qu’ils avaient travaillé longtemps à la préparation, à l’improvisation ; qu’il a fallu refaire plusieurs fois la scène où Sébastien déchire ses vêtements. Jean-Pierre Kalfon a tout oublié. Il dit qu’il n’a pas de mémoire et qu’il ne devrait pas être acteur. Ils sont émus et amusés. Il y a trop de temps qui est passé sur le film et sur l’époque qu’il évoque en chacun. Quelque chose est troublant dans cette reconstitution des personnages principaux : le film est là, ils l’ont fabriqué avec Jacques Rivette, mais plus personne ne peut vraiment raconter ce qu’il s’est passé. Ça n’est pas seulement une question de mémoire. C’est comme si le cœur de la chose, son mobile,…

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Auteur: dev