Son regard défie le visiteur. Au coin de son œil rougi, une larme s’écoule telle une pierre précieuse sous un sourcil trop allongé. Son corps, d’une anatomie parfaite, s’étend tout en muscles d’un bout à l’autre du tableau. L’Ange déchu, du peintre Alexandre Cabanel, s’exhibe dans l’une des salles feutrées du Musée Fabre, à Montpellier, tandis que Mary-Lou, 19 ans, le contemple, tête légèrement inclinée. « Je l’avais découvert sur les réseaux sociaux, je le vois en vrai pour la première fois, chuchote-t-elle. La forme de ses yeux, son regard ont quelque chose de surnaturel, presque animal. »
Phénomène sur les réseaux sociaux
Comme Mary-Lou, nombre de jeunes visiteurs montrent ces derniers temps un intérêt inattendu pour cette œuvre datée de 1847. « Nous constatons une hausse de la fréquentation de cette salle, notamment par les 18-24 ans, une tranche d’âge qui habituellement nous échappe », se réjouit Michel Hilaire, conservateur du patrimoine et directeur du Musée Fabre.
Le « phénomène », pour reprendre le mot de ce dernier, résulte d’une tendance née sur les réseaux sociaux autour de cet ange et en particulier de son visage, mi-triste, mi-colérique. Des montages le mettant en scène dépassent les 10 000 vues sur Instagram tandis que des tatouages à son effigie suscitent plusieurs milliers de likes.
En 2024, sur le site Internet du Musée Fabre, les statistiques de consultations autour de l’œuvre de Cabanel ont largement détrôné celles concernant Gustave Courbet ou Frédéric Bazille.
Le miroir d’une génération
Comment expliquer un tel engouement ? « Ce type de phénomène se produit dès lors qu’il y a une identification entre une culture et une œuvre, analyse Vincenzo Susca, sociologue et maître de conférences à l’université Paul-Valéry de Montpellier (1). Contrairement à la jeunesse punk ou anarchiste, celle née après 2000 est attentive à son corps. Un…
Auteur: Ysis Percq, à Montpellier

