À rebours des explications exclusivement psychologiques, Marianne Fougère défend dans L’anorexie, pathologie du capitalisme une thèse forte : ce trouble ne révèle pas seulement une souffrance individuelle, mais aussi les contradictions d’un système qui érige la maîtrise de soi, la performance et l’optimisation permanente en idéaux.
[Temps de lecture estimé : ~ 10 min]
L’anorexie est généralement pensée comme une maladie relevant de l’intime : une histoire personnelle, familiale, psychique.
Dans L’anorexie, pathologie du capitalisme, Marianne Fougère, docteure en science politique, propose de déplacer le regard : sans nier la singularité de chaque parcours, elle montre comment ce trouble s’inscrit aussi dans un contexte social qui valorise le contrôle, l’autonomie et la performance.
Pourquoi parler de « pathologie du capitalisme » ? En quoi le corps anorexique révèle-t-il les contradictions de notre époque ? Et comment penser la guérison lorsque les causes sont à la fois individuelles et structurelles ? Entretien.
Mr Mondialisation : Vous expliquez que l’anorexie ne peut pas être comprise uniquement comme une maladie individuelle. À quel moment avez-vous réalisé qu’elle racontait aussi quelque chose de notre organisation sociale et économique ?
Marianne : « Cela ne s’est pas imposé d’un seul coup. Pendant longtemps, j’ai vécu l’anorexie comme une énigme personnelle : mon problème, mon corps, ma responsabilité.
C’est d’ailleurs ainsi qu’on nous invite à la penser. Puis j’ai constaté que des comportements associés au trouble étaient valorisés tant qu’ils restaient socialement acceptables : se contrôler, être mince, disciplinée, performante, ne pas prendre trop de place.
« La société célèbre cette maîtrise avant de s’inquiéter…
Auteur: Mauricette Baelen

