L’appel de Delphine Horvilleur : « Gaza/Israël : aimer (vraiment) son prochain, ne plus se taire »

Sur les murs de ma synagogue sont gravés quelques mots, tirés d’un des versets les plus célèbres (et les moins bien compris) de la Bible : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

L’adage, à la manière d’une tarte à la crème, énonce la bonne conscience des religions monothéistes : on s’en gargarise comme pour se convaincre qu’au fond, on ne se veut que du bien. C’est charmant mais on sait que ces mots n’ont jamais empêché qui que ce soit de recourir à la violence, à l’intolérance ou au prosélytisme. L’autre a certes tout notre amour, dès qu’il est notre « prochain » mais, à l’instant où il se fait un peu « lointain », de nos croyances ou nos convictions, mérite‐t‐il encore notre attention ?

Le phénomène n’est pas propre aux religions. Tendez l’oreille vers tant de discours actuels, polarisés à l’extrême. La méfiance est radicale vis-à-vis du « salaud » d’en face. Et c’est particulièrement vrai quand il s’agit de débattre du Proche‐Orient.

Injonction au silence

Très vite, chacun défend son « prochain » (et uniquement lui !), et la parole se censure… On se tait pour éviter de fournir la moindre munition au « camp » d’en face. Toute autocritique menace l’union sacrée, se fait traîtrise ou, pire, carburant pour un ennemi qui cherche à nous détruire. Alors chut… taisons‐nous plutôt que de faire le jeu d’une quelconque récupération. Il y va de la sécurité de nos idées ou de nos enfants.

Moi‐même, j’ai ressenti souvent cette injonction au silence. J’ai parfois bâillonné ma parole, pour éviter qu’elle ne nourrisse les immondices de ceux qui me menacent, ceux qui diabolisent et déshumanisent un peuple, et s’imaginent aider ainsi un autre. J’ai censuré mes mots face à ceux qui trouvent des excuses à une déferlante antisémite « ici » au nom d’une justice absente « là‐bas ». J’ai entendu dans…

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