Dans leur nouveau livre Grands Froids. Mémoires des pôles, paru dans la collection « Cabinet de curiosités » des éditions du Muséum national d’histoire naturelle, Marie-Béatrice Forel (micropaléontologue) et Pierre Sans-Jofre (géologue) retracent l’exploration des contrées polaires.
Ce livre, richement illustré de photographies d’artefacts du Muséum, fait découvrir les expéditions de grands noms – Dumont d’Urville, Paul-Émile Victor – et d’inconnus qui ont contribué à mieux connaître les zones les plus reculées de notre planète. Extrait.
De mémoire d’homme et d’historien, pôle Nord et pôle Sud ont toujours suscité fascination et attirance. Le plus ancien explorateur dont l’histoire ait gardé mémoire est Pythéas, ou Pythéas le Massaliote, qui vécut entre 380 et 310 av. J.-C. Il se lança dans un voyage exceptionnel à une époque où le détroit de Gibraltar, qu’on appelait alors les « colonnes d’Hercule », marquait l’extrémité occidentale du monde civilisé : parti de Marseille, il franchit ce détroit pour explorer l’Atlantique nord. Ce voyage lui aurait permis de confirmer que la durée des jours augmente à mesure que l’on monte vers le nord en été. Surtout, Pythéas aurait été le premier navigateur à avoir atteint « Thulé », où, au solstice d’été, le soleil ne se couche pas. Ce lieu reste incertain, mais il pourrait correspondre aux îles Shetland, à la Norvège ou à l’Islande. Le voyageur aurait même pour la première fois décrit un paysage polaire où il est impossible de naviguer, faisant peut-être référence à la banquise.
Plus tard, entre 800 à 1040 apr. J.-C. environ, les Vikings explorèrent une grande partie du nord-ouest de l’hémisphère Nord à bord de leurs solides navires, les knarr, particulièrement adaptés à la navigation en haute mer. Le Norvégien Erik le Rouge aurait été le premier à naviguer jusqu’au Groenland, où il se…
Auteur: Marie-Béatrice Forel, Maître de Conférences, Centre de Recherche sur la Paléobiodiversité et les Paléoenvironnements, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

