Des corps galbés se mouvant dans la jungle ou l’océan, une noix de coco laissant dégouliner l’eau sur une peau blanche immaculée : l’application de suivi menstruel 28 sait travailler son esthétique. Cofondée en 2022 par Britanny Hugoboom – une entrepreneuse conservatrice américaine également à la tête du magazine Evie, sorte de Cosmo des « MAGA » (Make America Great Again, le slogan de Donald Trump) – 28 propose « des entraînements personnalisés, des profils nutritionnels et des conseils sous forme d’horoscope fondés sur la science, destinés aux femmes et conçus en fonction des quatre phases du cycle naturel ».
La boutique du site vend un « toxic breakup » avec la pilule, soit une désintoxication développée par des « docteurs holistiques » pour rééquilibrer la balance hormonale à coup de gélules aux fruit de tribulus, à l’huile d’onagre ou de bourrache. Si vous êtes sous contraception hormonale depuis six ans ou plus, ces « experts » vous recommandent d’acheter quatre boîtes de comprimés, pour la modique somme de 251 $ (222 € environ).
Une « crise de confiance » envers la pilule
Le discours anti-pilule n’est pas nouveau. Il résulte de préoccupations légitimes : « À partir de 2012-2013, il y a eu une crise de confiance envers la pilule de 3e ou 4e génération et les hormones de synthèse en raison de cas d’AVC. Depuis, l’Institut national d’études démographiques (Ined) enregistre un recul du recours à la pilule », explique Marion Coville, chercheur à l’Université de Poitiers, responsable du projet de recherche Menstrutech, sur le rôle des technologies de suivi menstruel dans la production des savoirs gynécologiques.
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Auteur: Juliette Heinzlef

