Je me présente nue
Nue, c’est-à-dire sans une vraie langue, sans préparation
Nue, sans avoir lu
Sans avoir réellement vu
Sans avoir été touchée
Nue de tout, et surtout des illusions
Elles explosent comme des pétales de jasmin déshydraté
Du jasmin qu’on a passé au four et qu’on présente sur les étals du marché informatique
Du jasmin dénaturé, qui a perdu son odeur
Mais je l’achète quand même. Je me console en me disant qu’il aura au moins
Le goût amer des breuvages qu’on sert en fin de repas
Dans les restaurants chinois.
J’aime la nourriture asiatique.
Le jasmin, si on l’avale, n’a pas de charge nostalgique, il provoque un petit vomissement
De couleur jaune si on n’a rien avalé auparavant
C’est de la bile
Je le sais, sans avoir consulté de manuel de toxicologie, car un jour en passant près de l’arbuste, dans le quartier où résidait grand-mère
J’en ai cueilli un et je l’ai avalé.
Il n’est pas possible d’incorporer un pays.
Il est possible d’envahir la cuisine des autres, d’un autre, avec ses épices.
Un juste retour des choses.
Le copain colonisateur.
Le coloniser avec les aromates du pays. Le thym. Les roses. Le laurier. La lavande. La menthe séchée, très bonne sur le fromage frais et dans les ragoûts.
L’origan. Le sumac. Le safran, le vrai. Le cumin, en poudre ou en grains. Et les mites qui vont avec, elles s’attaquent en premier au poivre rose.
Il me jurait que ce n’était pas possible, car le poivre est invincible.
Eh bien, il ne l’est pas !
Le poivre se donne des airs. Le poivre lui aussi plie devant la nature.
La nature maintenant, ce sont les mites, les poissons d’or et les araignées.
Il fut un temps où je tuais les araignées. Maintenant qu’une collègue (d’origine juive) m’a appris comment faire, je surmonte mon dégoût et je les emprisonne sous un récipient transparent. Je fais lentement glisser vers un couvert. Et j’emmène l’intruse vers sa liberté, le petit jardinet d’en bas. Puisse-t-elle y être…
Auteur: dev

