Larguer du fer dans l'océan : le dangereux déploiement d'une technique de géoingénierie

C’est un projet démiurgique que les scientifiques avaient remisé au placard, mais qui revient en force, depuis quelques mois. Fertiliser l’océan. Sur le papier, l’idée pourrait sembler alléchante : on déverse des tonnes de nutriments — essentiellement du fer — dans l’océan, pour y faire croître le phytoplancton, lequel, en se développant, absorbe du CO2 issu de l’atmosphère. Ce qui réduit ainsi l’effet de serre et contribue à diminuer l’intensité du changement climatique.

Sauf qu’évidemment, dans le vrai monde, les choses sont plus compliquées. Dans les années 1990 et 2000, de nombreuses études, modélisations et pas moins de treize expérimentations de terrain à petite échelle avaient donné des résultats mitigés. La très incertaine efficacité climatique de l’opération, doublée de risques multiples pour la biodiversité, avaient contribué à faire retomber l’engouement pour la fertilisation.

Jusqu’à aujourd’hui. Dopés par le développement des marchés carbone, de plus en plus d’acteurs économiques s’intéressent au concept de fertilisation de l’océan, qui risque d’échapper complètement au contrôle des scientifiques.

En janvier 2025, la startup israélienne Gigablue s’enorgueillissait ainsi d’avoir conclu le plus gros contrat en la matière : la vente de 200 000 crédits carbone à l’entreprise SkiesFifty, spécialisée dans l’aviation « durable », contre la promesse de séquestrer par la fertilisation 200 000 tonnes de CO2 dans l’océan en quatre ans.

Un bloom de startups

Derrière Gigablue, de nombreux autres candidats frappent à la porte. « Je suis complètement hallucinée de voir la vitesse à laquelle ça émerge, témoigne l’océanographe biogéochimiste Marion Fourquez, spécialiste des processus de fertilisation de l’océan. Depuis un an, je me suis fait démarcher par de nombreuses startups qui maîtrisent mal le sujet. Sans parler des…

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Auteur: Vincent Lucchese

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