Le Téméraire, qui attend patiemment dans un immense hangar. Le 2 mars 2026, Emmanuel Macron s’est rendu à l’Île Longue, en rade de Brest, où sont construits les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Devant les équipages et les industriels de l’atome militaire, Emmanuel Macron annonce des changements de doctrine importants concernant la dissuasion française. Maïlys Mangin, directrice adjointe du centre Aerods (Université Toulouse Capitole), chercheuse associée au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques (CIENS, ENS-PSL), et spécialiste des questions nucléaires, analyse les enjeux nouveaux portés par ce discours.
Qu’est-ce que la « dissuasion avancée » annoncée par Emmanuel Macron à l’Île Longue ?
Maïlys Mangin : Ce concept de « dissuasion avancée » est une mise à jour de la doctrine nucléaire française, pour l’adapter aux transformations stratégiques contemporaines. Ce concept vise à inscrire la dissuasion nucléaire dans une profondeur stratégique, au-delà des seules frontières nationales, et à crédibiliser la dimension européenne des intérêts vitaux de la France.
On ne peut concevoir des intérêts vitaux français totalement indépendants de ceux de l’Europe.
Cela passe concrètement non par un partage de la décision nucléaire (qui reste du ressort exclusif du président de la République) mais par la mise en place de dispositifs accrus de coopération avec certains pays alliés, huit étant aujourd’hui intéressés – l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Grèce, la Belgique, la Suède et le Danemark. Ces derniers pourront participer aux exercices de la dissuasion, ou encore aux signalements stratégiques, c’est-à-dire à l’ensemble des signes et manœuvres visant à rendre crédible la menace d’usage des instruments nucléaires.
La notion d’intérêts vitaux est centrale. Est-on…
Auteur: William Jean

