L’Arménie, à la croisée des chemins transcontinentaux, se cherche des alliés

Un an après l’offensive azerbaïdjanaise qui a permis à Bakou de reprendre par la force la région du Haut-Karabakh, l’Arménie se trouve dans une situation précaire et cherche à valoriser sa position de carrefour stratégique entre les mondes russe et iranien pour tirer son épingle du jeu.


Comme toujours, l’arrivée à l’aéroport de Zvartnots déclenche le mécanisme de la mémoire. Le vieil aéroport soviétique dépeint par Ryszard Kapuscinski dans Imperium (1993) n’est plus qu’une silhouette moderniste en attente de classement patrimonial. Plus de trente ans ont passé depuis la chute de l’URSS, les temps fiévreux de l’indépendance (21 septembre 1991) et la « première guerre » victorieuse du Karabakh.

Trente ans, et même bien plus, depuis les premières manifestations du Comité Karabakh, la révolution de 1988 et le terrible séisme qui frappa la région de Spitak et de Léninakan. Plus de trente ans que j’arpente ce pays, né des décombres du génocide de 1915, confronté au défi de l’indépendance après la Première Guerre mondiale, puis façonné par 70 ans de régime soviétique.

Aujourd’hui, au terme de trois décennies d’indépendance post-soviétique, où en est l’Arménie, ce si petit pays de moins de 3 millions d’habitants meurtri par deux défaites cuisantes infligées par l’Azerbaïdjan lors des guerres de 2020 et de 2023 ?

Le poids silencieux de la défaite

Sur la route qui mène de Zvartnots au centre ville tout proche d’Erevan se tient la colline de Yerablour, le cimetière où sont enterrés la plupart des 3 825 soldats morts au combat durant la guerre des 44 jours (27 septembre – 10 novembre 2020).



Avec ses drapeaux tricolores flottant au vent, ceux de l’Arménie mais aussi ceux, distincts et reconnaissables, de la défunte République d’Artsakh (Haut-Karabakh), l’immense cité des morts s’est encore agrandie récemment d’un nouveau quartier funéraire,…

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Auteur: Taline Ter Minassian, Historienne, professeure des universités. Co-directrice de l’Observatoire des États post-soviétiques jusqu’en 2024., Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco)

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