Plateau du Larzac (Aveyron), reportage
Été 1971 sur le plateau du Larzac. 90 000 brebis paissaient paisiblement. Depuis le début de l’année, le projet d’extension du camp militaire était évoqué par les élus locaux. En octobre, il a été officiellement confirmé par le ministre de la Défense Michel Debré. La résistance a commencé. 50 ans après le début de la lutte du Larzac menée jusqu’à la victoire en 1981, qu’en reste-t-il ? Reporterre s’est rendu sur le plateau. Un premier récit décrit un système de gestion des terres agricoles inédit et réussi. Aujourd’hui, ce que « l’esprit Larzac » a permis de construire sur ces terres pauvres et isolées.
Le geste lent, un peu fatigué mais ferme et sûr, vêtu d’un tablier, André Parenti finit de servir les derniers clients de la boutique de la coopérative fromagère. L’un d’entre eux repart avec plusieurs kilos qu’il va distribuer à la famille, se réjouissant déjà de la dégustation à venir.
Puis le directeur ferme et nous invite dans son bureau, acceptant de puiser une fois de plus dans ses souvenirs. André Parenti a une mémoire des dates précise, très précise. « Je fais partie des néoruraux arrivés en 1981, quand Mitterrand a annoncé l’abandon de l’extension », raconte-t-il. « J’ai présenté mon projet d’élevage à la commission d’installation des agriculteurs du plateau, je n’avais aucun moyen financier, ils ont accepté. J’ai eu ma ferme le 10 novembre 1981. Elle était classée en ruine, sans valeur agricole. »
Après celui contre l’extension du camp militaire, d’autres combats se sont déroulés sur le Larzac. Celui de M. Parenti a permis de créer une structure qui rassemble aujourd’hui 80 éleveurs exerçant sur 35 fermes et transforme 4,7 millions de litres de lait en fromages et yaourts. « La première cuve à fromage est arrivée le 8 avril 1996 », précise-t-il. « Je n’imaginais pas comment allaient tourner les choses. »
Thomas Parenti dans la cave des fromages à croûte lavée. © David Richard / Reporterre
L’idée de cette structure collective est venue d’une nécessité. Les éleveurs du plateau du Larzac vendaient traditionnellement, à bon prix, leur lait de brebis à la confédération de Roquefort. En 1987, la surproduction a poussé l’organisation à attribuer des quotas aux producteurs. « Cela s’est fait par copinage, et les petits producteurs comme nous, qui en plus étions en phase d’installation, se sont retrouvés avec de toutes petites quantités »,…
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Auteur: Marie Astier (Reporterre) Reporterre

