L’atoll de Clipperton, un laboratoire unique pour étudier les extinctions déjà engagées, mais encore invisibles

Vue satellite de l’atoll de Clipperton, prise en 2022. Contains modified Copernicus Sentinel data 2022, CC BY


L’ESSENTIEL

  • L’île de Clipperton tient de l’énigme écologique : l’écosystème terrestre, très pauvre, subsiste avec trois fois rien et surtout grâce aux apports de l’écosystème marin voisin.

  • Cet atoll presque désert peut nous aider à comprendre les notions de dette d’extinction, de puits écologique, de microévolution et de dépendance entre écosystèmes marins et terrestres.

  • Pour les scientifiques, ce cold spot (point froid) de biodiversité constitue un véritable laboratoire pour mieux comprendre l’évolution.


Au milieu du Pacifique oriental, Clipperton – ou île de la Passion, le 13ᵉ territoire ultramarin français – ressemble à une énigme écologique. L’atoll est minuscule, isolé et difficile d’accès. Pauvre en biodiversité terrestre, il est entouré d’un milieu marin riche et original. À première vue, il pourrait passer pour un simple « point froid » de biodiversité terrestre : peu de plantes, peu d’insectes, peu de vertébrés…

Il y règne de surcroît des conditions de vie rudes, avec des submersions lors des tempêtes marines fréquentes, une pollution plastique majeure, de la pêche illégale, des narcotrafiquants et, désormais, des intérêts miniers dans les fonds marins ainsi que des velléités d’installations portuaires. Un cocktail de conditions étonnantes pour les 2 kilomètres carrés et 10 kilomètres linéaires de cette couronne corallienne et de son lagon. Un presque atoll avec son rocher volcanique de 23 mètres de haut.

Pourtant, cette pauvreté apparente en fait précisément un objet scientifique passionnant, car Clipperton permet d’observer, presque à nus, les mécanismes élémentaires qui maintiennent une biocénose (c’est-à-dire l’équilibre des différentes espèces au sein d’un biotope donné) minimale. Ces mécanismes permettent…

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Auteur: Romain Garrouste, Chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (ISYEB), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)