Laurent Mauduit, journaliste et cofondateur de Médiapart, vient de publier Collaborations, enquête sur l’extrême droite et les milieux d’affaires (La Découverte). Dans ce livre, il revient sur les dynamiques d’union entre le patronat et l’extrême droite française. Il montre aussi comment la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 et l’émergence du capitalisme libertarien outre-Atlantique accélèrent ce mouvement, faisant craindre une arrivée au pouvoir imminente de l’extrême droite en France.
Vous racontez dans votre livre le glissement d’un patronat plutôt favorable à Macron en 2017 à un patronat qui tangue fortement vers l’extrême droite en 2024. Comment cela s’est-il produit ?
Il y a d’abord eu une attirance très forte pour Fillon en 2017. Mais après son naufrage, le patronat a développé une admiration et un engouement pour Emmanuel Macron. Cela s’est fortement dégradé avec la dissolution, car Macron leur est apparu totalement imprévisible et aventureux. Or les patrons aiment la stabilité. Cela a accéléré l’intérêt que les grands patrons avaient pour la droite radicale. Cet intérêt avait commencé un peu avant. En 2022, alors que Zemmour défendait déjà la théorie raciste du grand remplacement, il a été le chouchou de certains grands patrons pendant un petit bout de temps. Si on remonte encore en arrière, les symptômes de ce changement de climat remontent à l’absence de barrage républicain de la part du patronat depuis 2022.
Désormais, les digues ont sauté. Il faut écouter l’interview qu’a donnée Patrick Martin, président du MEDEF, à Radio Classique fin août. A l’issue du débat qui a opposé de nombreux représentants politiques de droite et de gauche [lors du débat de clôture de l’université d’été du MEDEF, ndlr], il cite les trois personnes qui d’après lui ont pris conscience « des périls économiques » : Gabriel Attal, Bruno…
Auteur: Guillaume Bernard

