Avancer, refuser, résonner. Ou comment ouvrir, « à même le monde », un espace de résonance par les actes, en tissant ensemble les refus des différentes opérations du pouvoir en cours.
Avancer
Avant-garde n’est pas aujourd’hui un terme en odeur de sainteté ; mais c’est pourtant bien celui-ci que l’on pourrait utiliser pour parler des Soulèvements de la Terre (SLT). Par avant-garde, on entendra non pas la prospection aristocratique du futur, mais l’avancée commune du présent – sans avant-garde, le présent ne fait que piétiner, se répéter, insister aux lieux des identités. On aurait donc là une avant-garde qui aurait renoncé à définir une ligne qu’il s’agirait de suivre, une avant-garde autonome, c’est-à-dire voulant son propre débordement, et qui y travaille ; qui veut constituer une chambre d’écho des gestes de révolte diffus, pour se rendre capable de les relayer, de les amplifier, et peut-être de les susciter.
C’est certes cette avant-garde que l’État, qui avoue sa défaite par l’emploi de la force, par la voix de Darmanin à la recherche de son propre avenir fasciste, veut dissoudre. Mais à travers cette dissolution, c’est autre chose encore qui est visé, dont cette avant-garde est à la fois le relais et le signe : un tissage entre les collectifs qui la composent (les SLT composent déjà par eux-mêmes un tissage du divers), des élus (les parlementaires LFI qui amènent des banderoles à l’Assemblée nationale), des représentants syndicaux qui refusent de dénoncer les « violents » et parfois même protègent activement les « jeunes » ; et enfin, disons, quiconque cherchant un langage pour exprimer sa colère, toutes celles et ceux qui ont traversé les années 2010, 2016, ont en mémoire la radicalité des gestes des Gilets jaunes, et qui ne se retrouvent pas dans l’espace politique tel qu’il se dessine aujourd’hui.
C’est ce tissage de l’expérience des luttes entre les gens et les décennies, le temps long de la vie…
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Auteur: dev

