Comme chaque jour lorsqu’elle entre dans l’enceinte de ses habituelles conférences matinales au Palais national, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a adressé ses « bonjour » aux reporters réunis sur place. Mais ce lundi 26, sa salutation a pris une tonalité particulière. Avec un sourire dessiné sur le visage, elle a immédiatement déclaré : « Nous sommes heureux, très contents de la victoire de Lula au Brésil. Beaucoup, beaucoup, beaucoup de félicitations au président Lula, au peuple du Brésil. C’est une bouffée d’air frais pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Très, très contents. » Plus tard, en réponse à une question, elle ajouterait que la victoire du charismatique leader du Parti des Travailleurs « est le triomphe d’un dirigeant, d’un mouvement populaire, d’un gouvernement qui représente son peuple » et « la défaite d’un mouvement de droite ». Après midi, on apprendrait que Lula et Sheinbaum avaient eu un « bref appel » mais « très émouvant », au cours duquel ils ont convenu d’une rencontre à une date prochaine.
La joie de Sheinbaum était justifiée. Personne, autant qu’elle, à la tête d’un pays avec plus de 3 000 kilomètres de frontière et une dépendance structurelle asymétrique à son voisin du nord sur le plan économique, enchaînée à l’AEUMC (Accord entre le Mexique, les États-Unis et le Canada), ne pouvait mesurer la victoire de Lula à un moment où, depuis la Maison-Blanche, est promu un agressif projet de reconfiguration hémisphérique de nature coloniale.
Soumise aux pressions intermittentes de Donald Trump — qui, depuis le début de son second mandat, a menacé à plusieurs reprises d’une intervention militaire terrestre unilatérale au Mexique sous le prétexte de la lutte contre la drogue —, Sheinbaum comprend, comme peu de dirigeants de la région, que, dans la conjoncture actuelle, pour la première fois depuis la fin de la Guerre…
Auteur: Carlos FAZIO
