L’Elysée l’avait annoncé, un « acte symbolique » serait fait à l’occasion du 60e anniversaire du 17 octobre 1961. Il se produisit le 16 octobre : le président Macron se rendit en compagnie d’un petit groupe d’officiels et d’invités au Pont de Bezons, près de Nanterre, et y accomplit une courte cérémonie durant laquelle il déposa une gerbe et observa, seul face à la Seine, une minute de silence.
Comme souvent les actes de politique mémorielle officielle, celui-ci nous en dit au moins autant sur son auteur que sur l’événement commémoré. Le choix de ne pas faire ce geste le 17 octobre et de le faire dans un lieu désert, plutôt qu’au Pont Saint-Michel, en plein Paris, consacré comme lieu de la mémoire militante depuis des décennies, signalait une volonté de désamorcer une affaire politiquement sensible. Un autre choix, significatif d’une d’énonciation, était fait. D’ordinaire peu avare de discours, Macron n’en fit aucun ce jour-là.
Les téléspectateurs assistèrent donc à une cérémonie entièrement muette, dont la signification exacte fut laissée à l’appréciation des commentateurs. Les plus avisés rappelèrent que, selon les historiens, la police avait perpétré à Paris un massacre au faciès de manifestants algériens pacifiques. Et que, longtemps occulté par la République, il est l’objet dans la société française, depuis 30 ans au moins, d’une revendication jamais satisfaite à ce jour : sa reconnaissance officielle comme l’un des pires crimes d’Etat perpétré dans l’histoire de la République française.
En 2012, François Hollande, sous la pression des militants de la mémoire, n’avait produit qu’un communiqué très évasif. La question était donc : ce président qui ne cesse de prôner la « lucidité » sur le passé colonial irait-il jusqu’au bout de la reconnaissance ? Pour le savoir, il fallut attendre que l’Elysée veuille bien émettre enfin, une fois les directs télévisés terminés, la notice explicative de la cérémonie, sous la forme d’un court communiqué. Mais qui l’aura lu ?
La violence meurtrière de la répression y est correctement évoquée. Mais celle-ci reste complètement inintelligible, du fait de criants non-dits. Le tamis auquel sont toujours soigneusement passés les mots présidentiels, séparant ce qui peut être politiquement énoncé de ce qui ne saurait l’être, a notamment retenu les mots « colonialisme », « racisme », et même « police », absents du texte.
Un seul coupable est désigné :…
La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

