Le 17 octobre ou le retour du ludique

« Délinquance d’opportunisme », « grève-vacances », « absence de maturité politique », « cosplays enfantins », « destructions irréfléchies », « actes de rages », tous ces énoncés ennemis utilisés pour disqualifier l’insurrection en cours ont vu naître leurs antonymes politiques : « réappropriation matérielle », « revendications pour des conditions d’études », « conscientisation politique », « mises en scènes joyeuses », etc. Le 17 octobre aura été l’occasion d’une production tous azimuts d’une quantité faramineuse de contre-interprétations, de textes théoriques, d’hypothèses, sur ce qui anime le mouvement. Pourtant, une dimension souterraine à ses gestes et partout omniprésente nous paraît encore être ignorée : le ludique. Sans revenir à un examen approfondi des causes sous-jacentes du mouvement, ni à une lecture prescriptive de sa suite—guidée le plus souvent par l’intention de « manager » le mouvement—, nous tenions ici à ressaisir la passion à l’œuvre derrière les gestes émeutiers et la fougue lycéenne.

« Je te tiens, tu me tiens,
Par la barbichette,
Le premier de nous deux qui rira
Aura une tapette »

Début de la partie

Notre hypothèse, pouvant coexister avec d’autres, consiste à penser que le « ludique » entre en jeu comme une notion singulièrement opérante pour saisir l’activité émeutière fondamentalement joyeuse autour de laquelle se sont noués et organisés, affectivement, les subjectivités ayant pris part à l’insurrection.

Que ce soit dans les charivaris, carnavals ou les parades de lycéens déguisés en super-héros de comics, la chose est connue : le jeu couplé au rire constitue un domaine indéniable de tactiques et de ruses permettant de se défaire temporairement de l’emprise d’un dominant. Mais ce ludique-là n’est ni un simple renversement formel des positions ou une parodie impuissante du pouvoir. Il…

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Auteur: dev