Il y a, dans certaines décisions politiques, une manière feutrée de déplacer les lignes sans jamais en assumer frontalement la portée. Autoriser le travail le 1er Mai relève de cette stratégie discrète : faire passer pour une simple mesure d’organisation, de « bon sens » comme ils disent, ce qui constitue en réalité une remise en cause silencieuse de nos repères collectifs.
Car ce jour n’est pas neutre. Il s’inscrit dans une histoire longue, celle des conquêtes ouvrières, des luttes pour arracher du temps au travail, pour imposer l’idée qu’une société ne se réduit pas à la production et à la consommation. Travailler moins, ce n’était pas seulement travailler mieux ; c’était vivre davantage, politiser le quotidien.
Remettre en cause ce principe, c’est participer d’un lent effacement de ces acquis, au profit d’une vision utilitariste où chaque journée doit être « valorisée ». Certes, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, menacé d’une motion de censure, a fini par siffler la fin de la partie et donner le point aux syndicats. Mais l’ouverture de ce débat n’a rien d’anodin.
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Dans ce contexte, la proposition portée par l’ancien Premier ministre Gabriel Attal apparaît pour ce qu’elle est : une provocation politique autant qu’un symptôme d’impuissance. Faute de répondre aux urgences sociales, entre inflation, explosion des coûts de la vie, précarisation croissante, etc., le pouvoir s’emploie à rouvrir des fronts idéologiques, au mépris de toute méthode.
Aucune concertation sérieuse avec les organisations syndicales, aucune prise en compte des réalités du terrain : simplement l’imposition verticale d’une mesure…
Auteur: Pierre Jacquemain

