Première ministre du Bangladesh depuis 2009, Sheikh Hasina – surnommée la « begum de fer » – a été chassée du pouvoir l’été dernier à l’issue d’un mouvement contestataire massif. Depuis son départ précipité, un nouveau gouvernement, dirigé par Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, tente de rétablir un système démocratique. Parviendra-t-il à définitivement tourner la page de la longue histoire de violence qui marque la vie politique du pays depuis son indépendance ?
Depuis plusieurs mois, les médias occidentaux diffusent largement les récits des atrocités commises par le gouvernement de Sheikh Hasina, renversé en août 2024 après quinze ans de pouvoir à la suite de révoltes étudiantes de grande ampleur qui ont abouti à la mise en place d’un gouvernement intérimaire dirigé par le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus.
Sans nier les abus des dernières années de règne de la Ligue Awami (AL) (corruption massive, arrestations arbitraires, emprisonnements, disparitions forcées, etc.) – le parti historique auquel est affiliée l’ex-première ministre, et qui a lutté pour l’indépendance du pays obtenue en 1971 après une longue guerre meurtrière contre le Pakistan –, il convient de porter un regard objectif sur la récente séquence historique.
Une histoire politique dominée par la violence et une lutte de pouvoir entre deux partis
Le Bangladesh National Party (BNP) longtemps représenté par Khaleda Zia, première ministre de 1991 à 1996, d’un côté, et la Ligue Awami (AL) de Sheikh Hasina de l’autre, se sont affrontés sans relâche après l’indépendance de ce pays peuplé aujourd’hui de plus de 170 millions d’habitants.
L’AL, qui a été le leader de l’indépendance, était au départ pour un gouvernement laïque d’inspiration socialiste, tandis que le BNP était résolument en faveur d’un État islamique. Ces divergences d’origine se sont néanmoins peu à peu…
Auteur: Monique Selim, Anthropologue, directrice de recherche émérite à l’IRD-CESSMA, Institut de recherche pour le développement (IRD)

