Bien-être et militantisme sont-ils conciliables ? C’est la question que nous avons voulu poser à Camille Teste. Elle est prof de yoga, ancienne journaliste, animatrice du podcast « Encore heureux » sur la santé mentale mais aussi autrice de l’ouvrage « Politiser le bien être » paru en 2023. C’est une « fière habitante de la campagne », détail important selon elle « parce que c’est pas mal constitutif de mes analyses, notamment sur l’activité sportive »
Article initialement paru dans le journal papier numéro 40 du Poing, “Un autre sport est possible”, en mars 2024.
Le Poing : L’univers du bien-être recouvre une industrie multimilliardaire et « englobe toutes les activités, choix et mode de vie qui ont pour fonction première d’atteindre un équilibre qui soit intégral, c’est-à-dire à la fois physique, mental, émotionnel et spirituel » (Politiser le bien-être, 2023). Goulument avalé par le néolibéralisme, comment sortir les pratiques physiques et de bien-être, comme le yoga de la quasi systématique injonction au « corps valide sur le marché » ?
Camille Teste : Beaucoup de personnes font de l’activité physique pour se normer au maximum le corps. Les femmes cherchent plutôt à avoir un corps mince, tonique mais « fit », et les hommes vont davantage chercher du muscle. Mais cette recherche du « fit » ou du muscle, ce n’est pas pour le plaisir ou parce que ça peut être utile mais parce que ce serait « beau ». Cette pratique là vient donc nourrir un système qui hiérarchise les corps. D’autres fois, le sport ou le bien-être peuvent aussi être utilisés pour devenir plus productif dans un système capitaliste qui valorise l’hyper productivité. Par exemple, la méditation pour être plus concentré ou l’ultra-trail pour être hyper focus. Ce n’est pas plus épanouissant et ça nourrit un système délétère.
Une fois ce constat posé, et c’est aussi…
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Auteur: Le Poing

