Sorti en avril 2026, Michael d’Antoine Fuqua cumule 788 millions de dollars au box-office mondial, des critiques assassines et une curiosité de production : le scénario original abordait les accusations d’abus sexuels sur enfants qui ont traversé la fin de vie de Michael Jackson. Il a été intégralement retourné pour les effacer. C’est le biopic parfait et c’est exactement le problème.
La mécanique du genre
Pour faire un biopic musical, il faut d’abord acheter les droits des chansons. Et pour acheter les droits, il faut s’entendre avec l’estate (l’ensemble des ayants droit qui gèrent le patrimoine artistique et financier d’un artiste décédé : héritiers, exécuteurs testamentaires, avocats du catalogue). Ce détail logistique, qu’on présente comme une contrainte technique, est en réalité un conflit d’intérêt structurel qui oriente tout ce qui suit : la narration, les zones d’ombre, ce qu’on montre et surtout ce qu’on tait. Concernant Michael John Branca, l’avocat historique de Michael Jackson et co-gestionnaire de son estate, est coproducteur du film. Graham King, le producteur exécutif, est le même homme qui avait déjà produit Bohemian Rhapsody avec la bénédiction des membres survivants de Queen. Le résultat, dans les deux cas, est le même : un film qui ressemble à un biopic mais qui fonctionne comme un catalogue. Les chansons sont là, les anecdotes de genèse de Thriller sont là, la scénographie est là. Ce qui n’est pas là, c’est tout ce qui dérangerait les personnes qui ont signé les chèques.
Le genre lui-même a une grammaire, un schéma narratif si répété qu’il est devenu invisible à force d’être universel. Le schéma est tellement répété qu’on pourrait demander à ChatGPT de l’écrire : enfance difficile, talent qui éclot malgré tout, ascension fulgurante, descente aux enfers, rédemption du type réconciliation familiale ou mort qui transforme…
Auteur: Farton Bink

