Parmi ceux qui l’utilisent, tous s’accordent pour dire que toute critique de la religion n’est pas un anticléricalisme, toute critique de l’islam ne relève pas de l’islamophobie. Le spécialiste du monde arabe, Alain Gresh, ne nous apprend-il pas que ce mot ancien est apparu en 1910. Son usage ne devrait pas déchaîner les passions. De fait, l’islamophobie ne relève pas de la réfutation doctrinale, mais de la haine de groupe ; ses ressorts ne sont pas du côté de la raison, mais de la passion destructrice ; il ne se nourrit pas de valeurs humaines, mais les consume.
Mais il existe bel et bien aujourd’hui un phénomène massif qu’il est raisonnable de désigner comme une islamophobie. Comme l’antisémitisme, l’islamophobie a une longue histoire. Une fois passés les souvenirs des terreurs sarrasines et des conflits sanglants des Croisades, la figure du musulman a été réactivée par la colonisation. Elle ne devient toutefois opérationnelle que dans les 30 dernières années. La peur du musulman se nourrit alors d’une double évolution.
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D’une part, le passage d’une immigration de travail provisoire à une immigration d’installation pérenne. Elle fait de l’islam une « religion de France » au même titre que les confessions installées de longue date, chrétiennes ou juives. D’autre part, le fait religieux musulman tend à devenir visible, comme tous les phénomènes communautaires de la période récente – quartiers chinois, beth din ou halal. Cette visibilité est au cœur des polémiques récentes associant arabe à musulman, musulman à islamiste et islamiste à terroriste.
La peur des « classes dangereuses » et de l’islam
Cette…
Auteur: Pablo Pillaud-Vivien

