« C’est désormais inéluctable. » À contre-courant de l’habituelle nuance des scientifiques, Pierre Friedlingstein, directeur de recherche CNRS à l’École normale supérieure, l’assure à Reporterre : le seuil crucial de 1,5 °C de réchauffement sera à coup sûr dépassé sur plusieurs années.
Dans une étude publiée le 19 juin dans la revue Earth System Science Data, un consortium international de 61 chercheurs a actualisé les indicateurs géophysiques clés du changement climatique. Et les nouvelles ne sont pas bonnes : « Les niveaux et le rythme du réchauffement sont sans précédent », alerte le professeur Piers Forster, auteur principal.
Toujours en hausse, les émissions de gaz à effet de serre ont atteint un niveau record, en franchissant la barre des 55 milliards de tonnes de CO2 équivalent en 2023. Une année exceptionnelle ? Non. Les données préliminaires trahissent déjà une poursuite de cette augmentation en 2024. D’après les auteurs, l’utilisation toujours croissante des énergies fossiles aux quatre coins du globe et la déforestation sont à l’origine de ces chiffres peu réjouissants.
« 90 % de ce réchauffement est imputable aux activités humaines »
Répercussions immédiates sur le thermomètre : la température à la surface de la Terre enregistrée l’an passé a atteint un niveau jusqu’alors jamais observé, 1,52 °C supérieur à celui de la fin du XIXe siècle. Près de 90 % de ce réchauffement — soit 1,36 °C — est directement imputable aux activités humaines. Une part de responsabilité qui ne cesse de s’accroître au fil des années.
À l’accumulation de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère s’additionne d’ailleurs la diminution des émissions de dioxyde de soufre (SO2), principalement dues à la combustion des combustibles fossiles. Si leur chute a le mérite d’améliorer la qualité de l’air, elle conduit toutefois à amoindrir…
Auteur: Emmanuel Clévenot

