Il est deux heures du matin, l’air est froid sur la plage de Gouville-sur-Mer en ce début de printemps. Environ cinq degrés dans l’air comme sans doute dans l’eau. Il n’y a pas de port dans cette petite commune du sud du département de la Manche, juste une cale pour accéder en barque aux quatre petits bateaux qui mouillent non loin. L’un de ces bulotiers mesure un peu de moins de neuf mètres, le Père Vonvon. « Quand je me suis installé en 2018, mon père m’a un petit peu aidé sur le financement du projet, son surnom c’est Yvon, puis Vonvon parfois. C’est un beau clin d’œil », confie Julien Mouton, le capitaine du navire.
La criée de Granville a vu 1610 tonnes de bulots débarquées par les professionnels de la mer en 2025. Les quotas de pêche ont été progressivement réduits.
© Guy Pichard
C’est en barque, dans la pénombre de la nuit, que le marin-pêcheur et son matelot Théo Laisney se collent au Père Vonvon pour y transvaser des bidons contenant environ 150 litres d’essence. Cela devrait suffire pour la nuit à venir… L’embarcation bouge avec le vent, le moteur démarre. Le froid de cette nuit-là ravit les deux travailleurs de la mer car leur cible principale avec une telle embarcation, c’est le bulot. Aussi appelé buccin, cette sorte d’escargot de mer a la particularité de très mal vivre l’augmentation de la température de l’eau de ces dernières années.
Sur ces quatre dernières décennies, l’eau de la Manche s’est réchauffée de 1,6 degré en Normandie, avec des pics de chaleur inédits en été. Le bulot « est un organisme ectotherme, sa température corporelle et ses processus physiologiques sont régulés par la chaleur externe », analyse Yohan Ansel, qui réalise une thèse à l’université de Caen sur l’impact du réchauffement climatique sur la biologie du bulot de la Manche et sa pêcherie. « Plus la température va augmenter et plus ses processus…
Auteur: Guy Pichard

