En Alberta, il sera désormais possible d’ajouter la thérapie assistée par les psychédéliques à la liste des traitements offerts pour les troubles de santé mentale.
Les psychiatres et les législateurs albertains affirment prendre une longueur d’avance en créant une réglementation visant à garantir un usage sûr de substances hallucinogènes dans un cadre thérapeutique. Depuis le 16 janvier, les psychiatres enregistrés et autorisés de la province peuvent les prescrire.
Cette nouvelle politique albertaine pourrait constituer un premier pas vers l’acceptation des psychédéliques comme substances médicinales au Canada. Par le passé, ces drogues étaient principalement recherchées à des fins récréatives et non cliniques. Et, si le cannabis nous a appris quelque chose, c’est que la médicalisation peut mener directement à la décriminalisation et à la commercialisation.
Les drogues psychédéliques – comme le LSD, la psilocybine (champignons magiques), la MDMA (ecstasy) et la DMT (ayahuasca) – sont des substances criminalisées dans la plupart des juridictions du monde. Mais de nombreuses personnes pensent qu’on devrait les considérer pour un usage thérapeutique. À certains endroits, on envisage de décriminaliser complètement les psychédéliques, car des plantes comme les champignons, même « magiques », ne devraient pas faire l’objet de restrictions sur le plan légal.
Après les réformes relatives au cannabis, les psychédéliques pourraient être la prochaine cible dans le démantèlement de la guerre contre les drogues. En décriminalisant le cannabis, le Canada a joué un rôle de pionnier à l’échelle internationale. Mais ses citoyens sont-ils prêts à avoir le même rôle dans le cas des psychédéliques ?
Premières recherches sur les psychédéliques
Le Canada a déjà fait office de précurseur. Dans les années 1950 et 1960, des chercheurs ont lancé la première vague de la science psychédélique. Parmi eux se trouvaient des psychiatres canadiens qui ont inventé le mot « psychédélique » et fait la une des journaux avec des percées spectaculaires dans le traitement de l’alcoolisme par le LSD.
Des thérapeutes de Vancouver ont également utilisé le LSD et la psilocybine des champignons pour traiter la dépression et l’homosexualité. Si l’homosexualité était considérée à la fois comme illégale et comme un trouble de santé mentale jusqu’à la fin des années 1970, les thérapeutes psychédéliques ont lutté contre ces étiquettes, car les personnes qu’ils ont traitées pour une attirance envers le même sexe développaient une meilleure acceptation de soi – ce qui se trouvait en ligne avec le mouvement des droits des personnes homosexuelles.
Vers la fin des années 1960, malgré des rapports positifs sur leurs bénéfices cliniques, les psychédéliques étaient surtout réputés pour leur usage récréatif et pour avoir donné lieu à des abus sur le plan clinique. En effet, les drogues psychédéliques étaient passées du stade des essais pharmaceutiques à la culture populaire, et certains chercheurs s’étaient vu reprocher des pratiques contraires à l’éthique.
Réglementation et criminalisation
La plupart des psychédéliques autorisés ont cessé de l’être dans les années 1970, en raison d’une série d’interdictions réglementaires et d’un ressac culturel. Dans les rapports de santé publique publiés depuis les années 1970, les psychédéliques ont été décrits comme des objets de recherche non éthiques, entraînant des abus récréatifs et des risques personnels, comprenant des blessures et même la mort.
Des chimistes clandestins et des consommateurs ont essayé de lutter contre cette image en déclarant que les substances psychédéliques donnent lieu à des révélations sur le plan intellectuel et spirituel et qu’elles stimulent la créativité.
Un peu partout dans le monde, on a criminalisé les psychédéliques, que ce soit pour la recherche clinique ou l’expérimentation personnelle. L’utilisation des plantes hallucinogènes par des Autochtones et des non-Occidentaux remonte encore plus loin dans l’histoire. Elle a également fait l’objet d’un contrôle juridique en raison de l’effet conjugué des pressions coloniales visant l’assimilation et d’une guerre contre les drogues qui ne faisait pas de distinction entre pratiques religieuses et comportements…
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Auteur: Erika Dyck, Professor and Canada Research Chair in the History of Health & Social Justice, University of Saskatchewan

