L’économiste Jean-Marie Harribey discute le livre d’Ernest Lohoff et Norbert Trenkle : La grande dévalorisation. Pourquoi la spéculation et la dette de l’Etat ne sont pas les causes de la crise (éd. Crise & Critique, 2024 [2014]).
Deux auteurs du courant Wertkritik (critique de la valeur), Ernest Lohoff et Norbert Trenkle, viennent de voir traduit leur ouvrage publié pour la première fois en Allemagne en 2012, La grande dévalorisation, Pourquoi la spéculation et la dette de l’État ne sont pas la cause de la crise (Albi, Éd. Crise & critique, 2024), assorti d’une « Postface à la deuxième édition française ».
Ce courant « critique de la valeur » s’est fait connaître depuis une quarantaine d’années par son interprétation de l’évolution du capitalisme contemporain et de sa crise, en se réclamant de Marx tout en s’écartant profondément des analyses des marxistes traditionnels. Les principaux ouvrages de ce courant ont été publiés par le groupe Krisis et des auteurs comme Robert Kurz, Anselm Jappe et Moishe Postone[1].
L’un de leurs thèmes de prédilection est le travail. Sur celui-ci, Marx a laissé une analyse complexe mettant en évidence sa double dimension : d’une part, une dimension anthropologique dans la mesure où l’être humain doit toujours produire ses conditions d’existence, et, d’autre part, une dimension socio-historique car le travail est toujours accompli dans un cadre précis de rapports sociaux qui sont variables dans le temps et l’espace : ainsi, dans le capitalisme, le rapport social fondamental est celui du travail salarié pour le capital.
Les auteurs de la Wertkritik excluent toute caractéristique anthropologique et transhistorique au travail qui serait uniquement spécifique du capitalisme et de la modernité. Puisque, dans ce cadre, le travail et l’être humain lui-même sont soumis à la marchandisation générale, c’est-dire à la loi capitaliste…
Auteur: redaction

