Ces trois dernières décennies à Karachi, les industriels ont appris à tirer profit d’un ordre social violent pour briser les conquis sociaux des ouvriers et ouvrières, datant surtout des années 1960, et imposer des rapports de travail précaires et autoritaires, au mépris des règles les plus élémentaires de sécurité dans les usines. C’est ce que montre le politiste Laurent Gayer dans un ouvrage récemment publié chez CNRS Éditions, Le capitalisme à main armée, Caïds et patrons à Karachi.
Karachi, capitale économique du Pakistan, connaît depuis le milieu des années 1980, sous l’influence notamment du jihad afghan et de l’économie criminelle qu’il a suscité, des conflits armés opposant des groupes politiques rivaux, qui se sont dotés de formations miliciennes. Cette situation fait suite à une période dictature militaire (1977-1988) qui a déjà vu une forte répression du mouvement ouvrier et syndical, menant notamment à l’interdiction du droit de grève.
Dans les pages qui suivent, extraites du chapitre Cinq, intitulé « Ils ont mangé nos droits ! », L. Gayer montre par quels mécanismes les industriels ont réussi à enrôler ces diverses milices pour accélérer la casse des conditions de travail et l’accumulation du capital, dans un système qu’il qualifie de « capitalisme à main armée ». Plus généralement ce livre est une contribution aux débats sur les rôles respectifs du consentement et de la coercition dans la dynamique du capitalisme.
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[…] Au cours des dernières décennies, les industriels pakistanais dans leur ensemble se sont largement soustraits aux contraintes (déjà très relatives) du droit du travail et des Labour Courts pour imposer leur conception de l’ordre usinier. La neutralisation du législateur et des juges ne passe plus, comme dans les années 1960, par des mesures dérogatoires soustrayant les « industries prioritaires » au cadre régulateur de la démocratie sociale – un état d’exception économique qui continuait à être revendiqué par certains représentants patronaux jusqu’à la fin des années 1970. Depuis le début des années 1980, une partie de l’industrie manufacturière a bénéficié de nouvelles exemptions en matière de fiscalité ou de droit du travail, en intégrant des zones franches tournées vers l’export (à l’instar de la Karachi Export Processing Zone, à Landhi). Ces exemptions légales restent pourtant très minoritaires et c’est plutôt de manière officieuse que l’industrie manufacturière s’est…
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Auteur: redaction

