Le capitalisme de l’effondrement vu par Quinn Slobodian

Les amateurs de fin du monde seront peut-être déçus : il n’y a pas d’eschatologie dans Le Capitalisme de l’apocalypse, le livre de l’historien canadien Quinn Slobodian dont l’importance a vite été reconnue à sa publication en anglais en 2024. Le titre original, Crack-Up Capitalism, renvoie à l’effondrement, sans référence à la fin des temps ni connotation religieuse. Le mot « apocalypse » qui figure dans le titre de la traduction française parue au Seuil sacrifie à la mode éditoriale mais ne se réfère en définitive qu’à la potentielle disparation d’un monde, celui des États issus de la Deuxième Guerre Mondiale. 

Pour le reste, il s’agit d’une lecture hautement recommandable. Slobodian s’attache à démontrer que les principes mêmes du néolibéralisme, tels qu’ils sont apparus au siècle dernier sous la plume d’auteurs comme Milton Friedman, sont intrinsèquement anti-démocratiques. La radicalisation constante de leurs zélateurs depuis un demi-siècle débouche, sans surprise, sur une idéologie profondément autoritaire, antisociale et raciste. Un courant de pensée, en particulier, est aujourd’hui favorable à la destruction des États souverains et à l’émergence d’archipels de micro-États dérégulés à l’échelle de la planète entière.

Soucieux de rendre son analyse aussi précise que possible, l’historien se penche sur la notion de zone, définie comme « une enclave au sein d’une nation qui échappe aux formes ordinaires de réglementation ». Il propose de « jeter un coup de projecteur sur les années 1990, dont l’effervescence politique a été sous-estimée, creuset de l’imaginaire national et postnational ». À rebours de ce qu’on imagine généralement, la période n’a pas été marquée par l’apparition d’unions économiques de plus en plus vastes mais au contraire par « l’énergie qui a été consacrée aux efforts à visée sécessioniste »….

La suite est à lire sur: www.lemediatv.fr
Auteur: Le Média