La politique, quand elle se réduit à une simple gestion, perd son souffle et son horizon. Elle devient une comptabilité d’actions dispersées, chacune défendue par une spécialité jalouse de ses frontières. Mais gouverner, c’est d’abord penser la vie commune. Et la vie commune ne se fragmente pas : elle s’organise, elle respire, elle s’incarne dans un espace partagé.
L’aménagement n’est donc pas un dossier parmi d’autres : il est le cœur battant de la politique. Non pas un agrégat d’éléments juxtaposés, mais un corps. Or un corps ne se comprend pas par la somme de ses organes isolés : il est malade ou en bonne santé, cohérent ou disloqué.
Un corps peut être un village, une région, un pays. Comme tout organisme, il peut être sain ou attaqué. Les métastases de la pauvreté, les virus de la violence ou de l’exclusion peuvent frapper Saint-Étienne comme la Libye. Rien n’est isolé : ce qui touche un membre finit toujours par affaiblir l’ensemble.
La spécialisation devrait être un outil de soin, mais lorsqu’elle sert seulement à « tirer la couverture à soi », elle devient le pire des remèdes. Elle aggrave la maladie au lieu de la soigner.
À cela s’ajoute l’illusion du néolibéralisme. Présenté comme une cure miracle, il n’est qu’un sucre enrobant le capitalisme. Comme tout virus, ce capitalisme « X.0 » se régénère, se protège derrière des capsides, et s’adapte pour survivre. Son mode opératoire est clair : mettre la main sur tout ce qui pourrait lui résister – l’éducation, la culture, les médias. Une fois ces défenses sociales neutralisées, tout le corps tombe sous son emprise.
L’anticapitalisme n’est donc ni une posture de « bourgeois caviar », ni une lubie de révolutionnaire sulfureux. Il est d’abord une fidélité active : fidélité à l’idée que le juste demeure toujours juste, que le bien n’est véritablement bien que lorsqu’il devient un…
Auteur: Ilyes BELLAGHA

