Le sociologue et historien de l’Université de Binghamton Jason W. Moore vient de publier en français L’écologie-monde du capitalisme, Comprendre et combattre la crise environnementale. Cet ouvrage reprend trois articles déjà publiés[1] qui sont encadrés ici d’une introduction et d’une conclusion inédites. L’auteur fait partie du courant marxiste écologiste ou écomarxiste, minoritaire parmi les penseurs de l’écologie mais dont l’audience s’élargit quelque peu à cause de l’aggravation de la crise écologique dans laquelle la logique capitaliste est mise en cause. Moore est très connu aux États-Unis et dans les pays anglophones, un peu moins en France, mais cet ouvrage devrait lui apporter une plus grande notoriété.
En effet, dans ses travaux bien représentés par ce dernier livre, il entreprend de rebâtir une critique théorique du capitalisme à partir d’une mise en relation des concepts de Marx sur le capital et de ceux permettant de rendre compte de la crise écologique. Jusque-là, il se situe tout à fait dans la même ligne de pensée que les quelques-uns qui, des deux côtés de l’Atlantique, nourrissent les discussions au sein de l’écomarxism[2]. Mais Moore se singularise au sein de ce courant sur plusieurs aspects. Commençons par les identifier puis discutons-en : sa critique de l’anthropocène, le refus de la coupure société/nature, l’exploitation et l’appropriation indissociables, le travail et la valeur.
Le capitalocène contre l’anthropocène
Moore n’y va pas par quatre chemins, d’emblée il situe sa cible : « l’anthropocène [est] une nouvelle forme de déni climatique » (p. 32). L’anthropocène est un concept qui a été popularisé par deux scientifiques, le…
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