Sacha Todorov est auteur, metteur en scène de théâtre et chercheur indépendant. Ses recherches (sur les carnavals militants ou le « théâtre réhabitant ») comme ses pièces (Robin des bois ou sur la défense des communs au Moyen Âge) portent sur les luttes sociales, écologistes et la transmission de leur mémoire.
Reporterre — Le 3 mars 2013, des militants de la zad de Notre-Dame-des-Landes défilaient en compagnie de marionnettes géantes d’animaux sauvages pour protester contre la construction d’un aéroport, incarné, lui, par une vieille carlingue Vinci. Pourquoi la date est-elle importante dans l’histoire des carnavals militants en France ?
Sacha Todorov — Je les appelle « carnavals militants » puisqu’ils sont nommés ainsi par leurs organisateurs et organisatrices, et qu’ils sont préparés spécifiquement dans une perspective militante. Pour cette pratique, 2013 est une date charnière en France : selon mes recherches, il y en avait moins d’une dizaine dans les années 2000, contre plus de 40 entre 2013 et 2019, la plupart ayant eu lieu à la zad ou en soutien à celle-ci.
La fête de ce jour consista principalement en un défilé allant du village de Notre-Dame-des-Landes jusqu’à la zad : il s’agissait à la fois pour les sympathisants et sympathisantes d’avoir une occasion de se rassembler, et de fournir aux médias une image plus positive de cette lutte à un moment où elle était en grande difficulté. Ce qui m’a intéressé, c’est que chacun est parvenu à actualiser l’imaginaire du carnaval (fête des humbles contre les puissants, transgression des interdits et des lois…) pour le mettre au service de cette lutte : la pratique traditionnelle des déguisements ou de dessins d’animaux prenait un sens particulier dans cette lutte écologiste, dont le slogan était « Tritons crété-e-s contre béton armé ».
De même, le carnaval peut être une fête où l’on donne à voir…
Auteur: Catherine Marin

