Le cercle de la merde

C’est un constat que chacun peut faire, à toute échelle et dans tout endroit : l’humiliation est le pivot autour duquel s’ordonne et se hiérarchise l’ordre du monde, notre quotidien. Pour le dire autrement et en faire un concept politique : la condition de possibilité du capitalisme, c’est une certaine organisation de l’humiliation. Pour célébrer le grand retour sur le petit écran de Cyril Hanouna, nous publions cette fable remarquable : Le cercle de la merde.

Il était une fois une ville où les habitants n’avaient plus de places publiques, plus de tavernes, plus de bibliothèques. Ils s’étaient tous rassemblés dans un immense hangar de verre, planté au cœur de la cité comme une cathédrale de substitution. Le hangar brillait nuit et jour, car ses murs étaient couverts d’écrans et de milliers d’ampoules qui ne connaissaient pas le repos. Certains habitants l’appelaient « la Maison de la Joie », ce qui, à force, finit par sembler vrai à la plupart. Chaque soir, à la tombée du jour, le peuple s’y pressait avec la régularité d’une messe qui aurait perdu son dieu mais conservé sa liturgie. Ils venaient y voir le maître de cérémonie, un homme jovial, si fier de n’avoir aucun tabou qu’il en avait fait sa marque de fabrique. On le surnommait Le Grand Ami : non seulement parce qu’il s’était proclamé l’ami universel, mais aussi parce qu’il entretenait avec le propriétaire des liens si étroits qu’on hésitait parfois entre la connivence et la promiscuité. Aussi avait-il logiquement hérité du titre de gardien de la Maison. Autour de lui gravitaient ses compagnons, une troupe si docile qu’on eût dit des chiens de garde ayant trouvé le bonheur paradoxal de remuer la queue dans leur propre laisse.

Le Grand Ami ne frappait personne, il riait seulement, et savait, d’un haussement d’épaule, remettre chacun à sa place, c’est-à-dire en dessous. Sa troupe se faisait appeler les Amis…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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