Portant une lourde responsabilité dans la pollution de l’environnement, le plastique n’a plus la cote. Il y a quelques décennies, il était chéri et promu. En 1958, un court-métrage faisant l’éloge du plastique fut même récompensé au festival du film de Venise. Ce film de commande, véritable ovni cinématographique, a été exécuté avec génie par Alain Resnais et Raymond Queneau
« Plastique » est initialement un terme philosophique : « ce qui a la puissance de se former », nous dit le Dictionnaire de l’Académie française dans son édition de 1762. D’où l’« art plastique » du modeleur et, plus tard, les « arts plastiques ». Au XIXe siècle, le terme désigne toutes les matières malléables, propres à recevoir une forme. À la fin du siècle, la chimie génère de nouvelles « matières plastiques », comme le celluloïd (fibres de bois), ou la caséine issue du lait. Mais, c’est, après la Seconde Guerre mondiale, l’essor de la chimie de synthèse (carbochimie, puis pétrochimie) qui fait entrer dans l’ère du « plastique », désormais devenu un substantif. Le plastique apparaît alors comme un produit miraculeux, léger, solide, bon marché, « sain », car facile à nettoyer. Il peut générer les objets les plus divers et se prête sans limite à la coloration.
On comprend que le plastique soit devenu le symbole de la société des « Trente Glorieuses ». Il incarne la « société de consommation » décrite par le philosophe Roland Barthes dans ses Mythologies (1954-1956), le chansonnier Boris Vian dans la Complainte du progrès (1956), le cinéaste Tati dans Mon Oncle (1958) ou le romancier Georges Perec dans Les Choses (1965). Dans cette production culturelle de l’ère du plastique, il faut toutefois faire une place à part à l’œuvre conjointe du cinéaste Alain Resnais et du poète Raymond Queneau : Le Chant du styrène (1958).
Auteur: François Vatin, Enseignant-Chercheur en sociologie, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

